Pérou, fuite et fin
La dernière fois, on s’était quitté à Huancayo, dans le froid. C’est donc là qu’on se retrouve, toujours au pays des lamas.
Non loin de là, les villages de Cochas chico et Cochas grande sont le siège d’un artisanat propre, les calebasses gravées au feu ou à l’aide de couteaux rudimentaires. Les motifs représentent des scènes de vie régionales, des paysages andins ou amazoniens, ainsi que des récits bibliques. Nico pourra ainsi revoir ses classiques chrétiens avec la parabole du fils prodigue, racontée longuement par l’artisan, calebasse à l’appui.
Pour rejoindre Ayacucho, deuxième plus belle ville du Pérou après Cusco, dit-on, et lieu de naissance du tristement célèbre sentier lumineux, la route n’est pas piquée des puces et le bus aux essieux surélevés aurait dû nous mettre le hanneton à l’oreille. Nids de lamas au programme donc. A nouveau, sous le charme des paysages variés qui défilent au travers des hublots, des crêtes andines aux canyons ocres, plantés de cactus.
Ayacucho ne démentira pas sa réputation et nous ne ferons d’ailleurs pas grand-chose d’autre que traînasser dans ses rues animées, bordées d’anciennes demeures coloniales, observant les artisans au travail et flânant sous les marchés couverts. Sur la route de Quinua, petit village “typique”, typiquement touristique, les vastes ruines Waris (600-1100, premier peuple expansionniste des Andes) furent le prétexte d’une chouette excursion. Ce vigoureux peuple laissa des traces dans toute la cordillère. De là partent d’étroits sentiers, que l’on devinent plus qu’on ne les voit, sillonnant à travers une forêt de cactus (figuier de barbarie) aux épines acérés et débouchant ça et là sur des cavités rocheuses.
A Abancay, ville un peu plus bordélique, nous passons une nuit avant de tracer sur Cachora. C’est là que Sam soufflera ses 27 bougies plantées dans un gâteau typiquement péruvien, el pastel. Ce dernier porte bien son nom, ses couleurs éblouissantes de colorants ne mettant pas nécessairement l’eau à la bouche.
A Cachora, après avoir déposé nos sacs dans une pension de famille, nous entrons directement en contact avec la coopérative de guides-muletiers via laquelle nous organiserons notre trek de 8 jours vers le Machu Picchu. Le premier guide qui nous est présenté détenait bien les trois montures dont nous avions besoin mais ne connaissait la route que durant les deux premiers jours…C’est un problème évidemment. Que faire…Conciliabule durant quelques longues minutes en plein milieu del voye pour s’entendre dire qu’il suffit de faire appel à un autre guide. Gilbert !
En attendant Gilbert…
Le voilà qui arrive dans sa démarche nonchalante mais sûre. Le problème lui est soumis. Quelques secondes plus tard et nous voilà entrain de faire nos emplettes pour la joyeuse randonnée qui s’annonce, y compris le cañaso, alcool local sorti d’un vieux bidon d’essence, en cas de refroidissement…
Le premier jour nous fit longer le versant aride de la vallée de l’Apurimac (en Quechua, dieu qui parle) pour atteindre le repaire du cousin de Gilbert. Construction de bambou sous lesquelles nous ne tarderons pas à suspendre nos hamacs tout en tentant d’ouvrir les yeux de nos hôtes sur les multiples avantages de la double cuisson des papas fritas.
Le lendemain, ascension matinale du versant froid, humide et boisé de la vallée dont le sentier zigzaguant, déjà visible la veille, nous annonçait les efforts à venir. Arrivée au refuge de Marampata, 3100m. La nuit sera fraîche et humide.
Le troisième jour, nous découvrons le premier objectif du trek, le site Inca de Choquequirau, redécouvert en 1994 et toujours en cours de déblayage par des équipes d’archéologues dont nous partagerons la potée. Ce site encore peu visité car uniquement accessible à pied ou à dos d’éléphant nous laisse un très bon souvenir. Nous nous sommes en effet retrouvés quasiment seul, hormis Jesús, le responsable billet (à qui Sam donnera un rapide cours de français), au sein de ces vastes ruines dans leur écrins de forêt de nuages, à la rencontre de trois vallées et offrant des points de vue saisissants. Nous passerons la nuit non loin d’une des dernières terrasses à avoir été mises au jour.
Quatrième jour, traversée du Rio Blanco et montée harassante jusqu’à deux cabanes de pisé, à l’ombre desquelles deux madames aux visages burinés égrainent du maïs au milieu d’une kyrielle d’animaux.
Cinquième jour, suite de l’ascension jusqu’au col du Nevada la Victoria, 4200m, et découverte du charmant petit village de Yanama où nous reprendrons notre souffle au coin du feu, entouré d’une vingtaine de cuys, entendez par là cochon d’Inde, attendant d’être mangé lors d’un repas de fête. Les conditions de vie, ici, sont assez rudimentaires, il n’y a en effet pas d’électricité et l’on vit à même la terre battue. Nous nous mettons au diapason et adoptons le rythme du soleil, couchés à 7h.
Sixième jour, dernier jour de montée, culminant à 4700m, Puerto Mariano Llamucca, où nous observerons notre seul et unique condor. Cet animal symbolise, dans les croyances andines, le monde d’en haut, c’est-à-dire le monde des dieux. Outre celui-ci, on retrouve dans cette cosmogonie, le puma symbolisant le monde du milieu, celui des hommes, et le serpent symbolisant le monde d’en bas, celui de la connaissance. Tout cela se retrouvant dans la croix andine. Une fois passé le col nous nous poserons dans le village de Totora, où Anne-K donnera quelques cours particuliers à une petite Melany pendant que Nico continuera son approche du monde porcin.
Le septième jour nous offrira l’opportunité de profiter des sources chaudes jaillissant de la roche mère. Gilbert lui non plus ne demandera pas son reste, barbotant pour la première fois dans ces bains incas chargés de minéraux dissous aux vertus mystérieuses. Dernière nuit au coin du feu à Lloscamayo avant de faire nos adieux au bon Gilbert et à ses braves mules. Dans le pueblo de Playa, comme sorti de terre tout récemment, nous prendrons le premier collectivos à destination de Santa Teresa, traversant les plantations de café et de cacao.
C’est là que nous réalisons qu’Aguas Calientes, le pueblo d’où l’on a accès au Machu Picchu, n’est accessible qu’en train ou à pied. Nous avons donc prolongé notre trek de trois longues heures, le long de la voie ferrée pour rejoindre ce temple du fric. La marche s´émaillera tout de même des cris émerveillés de Sam face à une authentique parade nuptiale de coq de roche.
Le programme du lendemain était simple : bus à 5h30 du matin pour être sur le site à 6h00. Premières photos à 6h10, 6h15 Sam, en se promenant le premier sur le site, ruine les clichés d’un bon millier de touristes restés en haut du site pour avoir les plus beaux clichés (normalement vierge de tout humain). Nous enchaînons ensuite avec l’ascension du Wayna Picchu à 7h30, marches glissantes mais vue aérienne surprenante. A 9h30 nous quittons le site, un peu fatigués de toute l’agitation qui y règne. Pour la petite histoire, le MP a été redécouvert par l’historien américain Hiram Bingham en 1911 alors qu’il était à la recherche de la dernière cité Inca de Villcabamba. Aujourd’hui l’exploitation du site a été revendue à une entreprise chilienne… cela donne une impression de Macchu Picsou un peu écoeurant. Ceci dit, le site reste impressionnant…
Nous quittons vite Aguas Calientes par l’itinéraire bis pour rejoindre Cusco. Nous y passons une petite semaine dans le quartier San Blas à nous remettre du trek et à profiter des musées, de la vie nocturne, de l’artisanat cusquénien et des fausses cholitas en habits traditionnels accompagnées de leur lama posant pour quelques soles.
Comme l’envie de changement commence à se faire sentir, nous écartons de notre route Arequipa et son fameux canyon pour rejoindre doucement la Bolivie par le lac Titicaca et les paysages dorés de l’altiplano. A Puno, nous visitons les célèbres îles flottantes de Uros et Taquile grâce à l’organisation sans faille, minutée, du Tour « All Inclusive ». Ceci dit, nous faisons la connaissance d’un couple de belges, Elise et Geoffroy, qui font le tour du monde en 4 mois et avec qui nous passerons une chouette soirée arrosée de bières et de reggae.
Le passage à la frontière se fait sans incident et nous voilà à Copacabana, qui à donné son nom à la plage de Rio de Janeiro, les pédalos remplaçant les filles en maillots. Nous en profiterons tout de même pour visiter l’île hyper touristique du Soleil (lieu de naissance mythique du premier Inca) et nous dégusterons le meilleur repas depuis longtemps à savoir une superbe fondue au fromage agrémenté du vin La Conception de Bolivie (un peu râpeux quand même).
Nous sommes arrivés à La Paz (3660 mètres) où nous demeurons actuellement dans une pension quasiment francophone pour la simple raison qu’elle se trouve en première position dans les petits budgets du Routard. Il fait plutôt frisquet et l’ambiance bolivienne parait plus populaire et tranquila que les grandes villes péruviennes.
Pour la suite du programme, Sam prend l’avion le 24 pour rejoindre Nat en Thaïlande (temps de vol : 48 heures, escales à Santa Cruz, Miami, L.A., Séoul, Bangkok), Anne-k et Nico continuent vers le nord-est de la Bolivie pour rejoindre le beau temps et une hypothétique ferme bio accessible par bus en 30 heures en saison sèche (avec le même chauffeur) ou une semaine en saison des pluies.
Pensées positives, paz, amor y suerte…